La société de surveillance s’invite au bureau avec surveillermonsalarie.com

Publié leoctobre 3, 2010

5


flicage

On vous protège pas de panique !

Dans le paysage nouveau des entreprises qui entendent tirer parti de la société de surveillance, certains projets laissent un arrière goût assez amer. C’est le cas de Surveillermonsalarie.com que je viens découvrir grâce à Owni. Le message est particulièrement limpide, le service ne prétend pas vendre de la sécurité mais bien de la surveillance, du flicage bête et méchant. L’offre propose une solution d’espionnage de l’activité informatique des salariés avec une promesse de vente qui ne laisse aucun doute sur les intentions :

  • Toutes les touches du clavier sont enregistrées
  • Les sites internet visités sont enregistrés
  • Une capture d’écran est effectuée toutes les secondes, avec heure, date et nom de l’utilisateur !
  • Le logiciel est invisible !
  • Une alerte vous est envoyée instantanément sur votre messagerie électronique dès qu’un mot clef interdit est détecté !
  • Un rapport journalier détaillé vous est envoyé automatiquement chaque jour sur votre messagerie électronique

Au premier coup d’oeil, n’étant pas juriste, je m’interroge sur la validité de l’argument commercial de l’invisibilité de ce type de solutions. Comme pour le vidéo surveillance, il me semble bien que ce genre de dispositif doit être déployé en avertissant les salariés et en respectant certaines règles de droit, qui, si je ne m’abuse, pour ce cas précis, impliquent une intervention de l’autorité judiciaire.

Vient ensuite l’interception des frappes du clavier qui là me laisse un peu sur le derrière, et affichant clairement que les mots de passe comme des éventuelles correspondances privées sont interceptée et lues, cette solution est donc à elle seule capable d’annihiler toute communication interpersonnelle numérique dans une entreprise. Plus question de proposer à votre collègue d’aller boire un coup en sortant du bureau sans que votre patron n’en soit tenu informé.

Keylogger, furtivité, archivage, rapports, alertes, encore une solution miracle tout en un qui devrait éveiller une certaine suspicion chez tous les experts en sécurité et la plus grande méfiance chez les chefs d’entreprise souhaitant se doter de tels dispositifs. Sur le site de l’entreprise, on découvre, sous format d’une BD un peu niaiseuse les fonctionnalités clés de cette solution :

Le flicage en BD

Je dois vous avouer que je suis particulièrement perplexe devant ce site et que j’ai eu dans un premier du temps du mal à admettre qu’il ne s’agisse pas d’un canulard. Mais voilà, le whois parle, la société localisée à Montargis en région Centre est bien enregistrée, elle dispose d’un SIRET :

Planète Informatique

… ça ne ressemble franchement pas à une blague, mais bien à une émanation directe du climat délétère initié par une certaine classe politique par rapport à tout ce qui touche aux nouvelles technologies. Il faut être conscient que des lois comme HADOPI ou LOPPSI sont directement responsables de ce genre de dérives sociétales inadmissibles dans une république qui prône les valeurs affichées dans notre constitution. Chefs d’entreprises, sachez également ce genre de solution miracle est dans 99% des cas un risque sécuritaire que vous faites courir à votre entreprise, ces solutions sont rarement exemptes de bugs et de trous de sécurité… et qu’elles sont surtout le meilleur le moyen de retrouver quelque part sur Internet toute l’activité et les mails de votre entreprise, un peu à l’image de ce qui est récemment arr’ivé au cabinet d’avocats ACS:Laws. Pour enfoncer le clou, suite à l’analyse de Numerama, si vous souhaitez compromettre votre entreprise, y créer un climat d’abjecte suspicion en affichant clairement vouloir violer la vie privée de vos salariés en prenant une capture d’écran toutes les secondes de son activité et en interceptant ses mots de passe… courrez, surveillermonsalarie.com est définitivement fait pour vous, il ne vous en coûtera que la maudique somme de 790 HT euros par poste. Ne vous étonnez pas non plus si un jour, cet outil se retourne contre vous.

Je n’ai pas étudié le fonctionnement de ce logiciel mais, franchement, à en lire son angélique description sur le site de la société, je doute qu’il remplisse son rôle de manière irréprochable. Je ne serais par exemple pas surpris que les données interceptées transitent parfaitement en clair sur le réseau. Je serais aussi étonné que le système d’archivage des journaux de connexion ou des captures réponde à des exigences sérieuses comme c’est la pratique dans le cadre d’un archivage probatoire.

On imagine aussi très bien un salarié utiliser la machine d’un autre salarié qu’il déteste cordialement pendant que ce dernier prend sa pause café, et aller visiter quelques sites compromettants pour lui nuire.

Pour répondre aux certitudes de David Damour, l’auteur de ce logiciel, qui affirme « De toute façon, l’employé qui n’a rien à se reprocher ne sera pas gêné par la présence de Surveillermonsalarié. », on pourrait simplement lui opposer la réflexion suivante : « un petit touché rectal pour passer la frontière ne vous dérangera pas si vous n’avez rien à vous reprocher ».

On attend avec impatience une version d’évaluation de ce logiciel miracle avant de vous donner l’exposé des motifs complet contre le déploiement de cette solution en entreprise, mais il y a fort à parier qu’on est pas prêt d’en obtenir une.

Publié dans : Big Brother